23/03/2004

La bio du cheick par Libération

 C'est un peu long mais comme je ne suis pas abonnée à Libé, je prefère conserver l'article as a personnal reminder:)

a chaise roulante, avec laquelle cheikh Ahmad Yassine se déplaçait et dans laquelle il a été tué, avait valeur de symbole. Les caméras de télévision s'y attardaient souvent, la détaillant comme si elle incarnait la condition palestinienne à Gaza, cette infirmité qui consiste à ne pouvoir circuler librement, à ne pouvoir s'enfuir de cette affreuse enclave de 362 km2, maillée de colonies israéliennes. Dans un monde arabe où il est malvenu qu'un dirigeant occupe de hautes fonctions s'il est handicapé, l'invalidité du religieux (une paralysie des deux jambes), loin de l'affaiblir, participait au contraire à son aura. Rarement un «ennemi public numéro 1» aura si peu correspondu à l'image que l'on peut s'en faire. Petit, malingre, le visage émacié par la maladie, il s'exprimait d'une petite voix flûtée qui, pourtant, enthousiasmait les foules, subjuguait les groupes armés palestiniens, même ceux d'inspiration laïque. Il est vrai que, rompant cette apparence d'extrême fragilité, son discours était implacable, impitoyable. Et que son itinéraire se confondait avec le destin palestinien.

Expulsé. Né en 1936 dans un village de pêcheurs arabes près de ce qui est aujourd'hui la ville israélienne d'Ashkelon, il voit sa maison rasée au cours de la première guerre israélo-arabe de 1948 qui va dessiner les contours de l'Etat hébreu. Il fait ensuite partie des expulsés et s'installe dans le camp de réfugiés de Chatti, dans la bande de Gaza. C'est là, semble-t-il lors d'une partie de football, qu'il perd l'usage de ses jambes. Il fera de rapides études au Caire que, faute d'argent, il doit interrompre. Mais il a eu le temps de rencontrer les Frères musulmans dont il sera toujours proche. Ceux-ci l'aideront, dans les années 1970, à fonder sa propre organisation, le Moujamaa al-Islami, qui commence à recruter des jeunes Palestiniens prêts à se battre. Israël laisse faire, et même, dans le but d'affaiblir le Fatah d'Arafat, encourage en sous-main les réseaux islamistes qui étendent leur influence à Gaza.

Survient la révolution iranienne. Elle suscite l'enthousiasme des Palestiniens désespérés. Cheikh Yassine crée alors une organisation plus radicale, Majd al-Moudjahidin (La Gloire des combattants de l'islam). Arrêté en 1984, il est condamné pour détention d'armes et d'explosifs. Il ne restera en prison qu'un an avant d'être libéré dans le cadre d'un échange de prisonniers. Il commence à bâtir une nouvelle organisation, le Hamas (Mouvement de la résistance islamique), qui proclame son existence le 14 décembre 1987, au début de la première Intifada. Ce mouvement ne cessera d'étendre son influence dans la population, notamment en développant un réseau d'assistance sociale qui supplée les services d'une Autorité palestinienne corrompue.

Lutte armée. Arrêté en 1989 par Israël, il est condamné à la prison à vie en 1991. A ses juges, il lance : «Le peuple juif a bu au verre de la souffrance et a vécu dispersé dans le monde. Aujourd'hui, c'est le même peuple qui veut forcer les Palestiniens à boire à ce verre. L'histoire ne vous pardonnera pas et Dieu nous jugera tous.» Mais, en octobre 1997, Benjamin Netanyahou ordonne l'élimination en Jordanie de Khaled Mechaal, le chef du bureau politique du Hamas. L'opération est un lamentable fiasco. Les deux agents du Mossad sont arrêtés par la police jordanienne et seront échangés contre cheikh Yassine. Il est accueilli à Gaza en héros par les Palestiniens et, avec beaucoup de méfiance, par Yasser Arafat, qui le fera placer en résidence surveillée. Désormais, depuis la mosquée d'un quartier pauvre, cheikh Yassine va multiplier les appels à la lutte armée et à la destruction d'Israël. Le 27 décembre 2002, il promet : «L'Etat d'Israël aura cessé d'exister d'ici la fin du quart de siècle. Je vous demande d'être patient.» Il défend le principe des attentats-suicides : «Le peuple palestinien est obligé de se défendre. (Il) n'a pas d'hélicoptères Apache ou de F-16, ni chars ni missiles. La seule chose dont il dispose, ce sont les corps de ceux prêts à mourir en martyrs.» En 2002 et 2003, il se dit cependant prêt à accepter le principe d'une trêve conditionnelle, jugée inacceptable par l'Etat hébreu qui maintient que le chef spirituel du Hamas et ses proches «tirent les ficelles du réseau de la terreur dans la bande de Gaza». Il était devenu «l'homme à abattre» de l'armée israélienne. Quelques jours avant sa mort, il avait déclaré à un journal jordanien que ces liquidations «traduisent l'échec et la faillite» d'Israël.



13:46 Écrit par supertimba | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

parenthèses.... Pourquoi est-ce que l'Occident ne retient seulement des Israéliens et des Palestiniens que les chefs militaires sans cervelles et les leaders terroristes ?

Ne pourrait-on pas consacrer une bio et promouvoir le combat d'un grand homme qu'est le palestinien Sari Nusseibeh par exemple ? La SEULE et VRAIE société civile arabe, démocrate, pacifiste et désireuse d'une paix négociée...

Ne pourrait-on pas consacrer une bio aux gars de chez Shalom Arshav ? Promouvoir les activités d'Ami Ayalon, de Noa Rabin par exemple ?

Hélas, c'est comme si l'on résumait deux peuples à leurs extrèmes....

Écrit par : movida | 23/03/2004

Parce que... La paix n'est pas télégénique....

Écrit par : ZEr0rama | 24/03/2004

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