15/04/2005

Madeleine(2)

Je me souviens de la bibliothèque de mon enfance, pieX, nichée au coeur de l'Agdal près de mon ancien lycée de Rabat, au bout d'une avenue calme et ombragée propice à la flanerie sous le feuillage des bougainvillées.
Cette bibliothèque c'était mon antre, mon eden,ma porte sur le monde.
j'y allais avec mon père soit le vendredi après-midi vers 5 heures, soit le dimanche matin à 10h.Le dimanche était un jour particulier car la petite musulmane que j'étais découvrait avec perplexité les chants qui résonnaient de la petite chapelle près de la bilbiothèque.Ces chants m'apaisaient me procuraient une sensation indéifinissable d'être arrivée dans un havre, un havre de lecture où j'allais rencontrer les dieux de mon olympe.
Oh je ne les ai pas connu tout de suite ces dieux, je suis d'abord passé par le parcours classique des oui-oui(ah cher enyd blyton et cher nain potiron),comptesse de ségur(ah les bêtises déléctables de sophie)des alice detective et des asterix.J'avais le droit à trois bandes dessinées sur mon abonnement et j'avais commencé par les asterix.Les bandes dessinées c'était la petite friandise, le glacage sur le gateau, les petits bonbons à la menthe qu'on savour toujours trop vite.Je commencais à les lire dans la voiture déjà et pour les asterix je m'amusais à faire toutes les voix: une voix nasillarde pour idéfix, plus sérieuse pour asterix et je sortais un son de stentor pour obelix tandis que j'essayais d'imaginer un son chenu pour panoramix.Je riais toute seule au grand amusement de mon père qui aimait me voir plongée dans mes lectures.
Ensuite ce fut les premiers chocs littéraires, mon olympe commençait à se peupler de dieux auquels je vouais un culte sans précédent, moi le petit rat de bibliothèque , jamais sortie de son pays,qui découvrait Paris, saint-petersbourg, la californie, Rome, Londres, le Yorkshire , l'inde à travers la magie de quelques lignes noircies sur les pages blanches.
J'ai pleuré avec Cosette toutes les larmes de mon corps, j'ai été plus que troublée par ma première scène d'amour lue dans autant en emporte le vent que je cachais à mes parents parce que j'imaginais que les descriptions de baisers langoureux m'étaient interdites:), j'ai brandi l'épée vaillament avec les trois mousquetaires, j'ai souffert avec le conte de monte-cristo dans sa cellule, j'ai découvert le ravissement de la langue avec l'écume des jours, j'ai écouté les cigales de la garigue avec le petit héros de Pagnol, j'ai vécu intensément rivée à mon fauteuil les aventures d"Ulysse,j'en ai voulu aux instituteurs du Petit Chose,j'ai pleuré pour le père Goriot rejeté par ses filles, je me suis perdue dans l'immense tristesse de l'âme russe avec Dostoievsky, j'ai découvert le racisme avec Black Boy,la réinvention de langue littéraire ave l'anti-héros de Céline,j'ai toute suite voulu accompagner phileas fogg autour du monde, je faisais durer le plaisir des enquêtes d'Hercule Poirot.
Oui j'ai vibré. avec tous ces personnages qui me sont aussi familers que ma soeur ou mes parents, ils ont accompagné mon enfance et mon adolescence.Rastignac, Candide,Ulysse, Scarlett, Miss Marple,Han d'islande, le bourgeois gentilhomme,Anna Karénine sont à jamais en moi, porteurs de la vérité de la littérature qui a déjà tout dit sur l'âme humaine.
Oui j'ai vécu et vis encore dans les livres d'où une certaine déception face à la réalité...Je me souviens que quand j'entrais dans la bibliothèque pieX mon coeur battait d'excitation: qui allais-je découvrir ce jour-là, quel héros allais-je accompagner, quelle histoire allait peupler mon imaginaire et peut-être le marquer à tout jamais! je rentrais fébriles dans le monde des étagères bien rangées, avec cette légère odeur de poussière et de vieux papier ranci que j'affectionne encore.J'aimais les livres usagés c'était la preuve qu'ils avaient été lus aimés et parcourus avec des doigts aussi impatients que les miens.J'aimais cette atmosphère studieuse , cette recherche du livre comme une rencontre amoureuse, une séduction unilatérale qui allait peut-eêtre déboucher sur une longue histoire à deux.
Mes livres, mes amours, ma bibliothèque je ne vous oublie pas.La poussière des étagères est à jamais dans mon coeur.

12:23 Écrit par supertimba | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

Nous avons eu le même début ;)
"oui-oui(ah cher enyd blyton et cher nain potiron),comptesse de ségur(ah les bêtises déléctables de sophie)des alice detective"

Écrit par : poulpy | 15/04/2005

Idem... sans oublier l'inevitable Club des 5 (toujours dans la Bibliotheque rose ;)

Écrit par : Un Homme | 16/04/2005

j'aodre J'adore ce post. c'est un trés beau plaidoyer pour la lecture!

Écrit par : Larbi | 19/04/2005

merci larbi je suis une avocate fervente de la lecture:)
un homme: le club des cinq par contre ça m'a toujours ennuyé:)

Écrit par : supertimba | 21/04/2005

Emouvant récit que le votre Emouvant comme récit de jeunesse. En certain points de vue me rapelle aussi mon enfance. Jeune des années 60 j'ai fréquenté plusi bibl à Casa (Eglise du 2 mars et une autre à Ain Borja (gérée par des françaises et dépendantes de l'Amb de France certainement) (Cosette c'est bien l'héroine avec Jean Valjean de l'oeuvr 'Les miserables de victor Hugo)que je me rappelle avoir emprunté et lu en ces temps. Même sentiments etc.. BRAVO pour votre récit qui m'a impréssionné.

Écrit par : Yamou | 24/04/2005

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