17/09/2005

Lost and found in translation

On perd une part de soi-même et on en crée une autre dans la translation;voilà un théorème que nous n'avons jamais appris en mathématiques.
Je suis à un stade de ma vie ou j'ai atteint la pointe du vecteur: perdue entre deux rives, amoureuse de deux cultures ma vie se fait néanmoins ici en Belgique et je me sens de plus en plus européenne.Pas uniquement belge non ce serait trop restrictif, européenne est le mot..
Je constate l'évolution de mon identité au jour le jour: l'europe m'a permis de me découvrir ,de m'affirmer en tant que femme ,de connaitre mes désirs, et pour cela la solitude est nécessaire.Oui cette fameuse solitude de l'émigré qui pleure de nostalgie les premières années en écoutant nass el ghiwane et en rêvant de harira familiale lors du ramadan sous la grisaille.Ces fameuses promenades au mileu des arbres rangés à travers une foule d'inconnus indifférents .Ces noels absurdes où l'on se surprend à rêver du chant du muezzin.
La solitude est dure dans un premier temps , mais loin de sa famille et loin du carcan social marocain l'on apprend à mieux se connaitre, loin de tout préjugé, on se définit d'abord par rapport à soi-même et non par rapport aux autre;on apprend à dire non, à revendiquer et à s'affirmer ce qui fait dire à votre famille que vous êtes définitvement une "gawria".(S'ensuit la litanie de tu-as-oublié-les-règles-de-ton-pays)
Cette découverte n'est pas dénuée de tristesse: l'on se rend compte qu'on ne pourra plus vivre au Maroc comme avant, l'identité s'est forgée et tout ce que l'on supportait par hypocrisie sociale n'est désormais d'aucune utilité.
C'est à la fois un désenchantement et une découverte: je porte le bled dans mon coeur et les murailles rouges dans ma tête , mais ma liberté est ici.La nostalgie est ma compagne : je ne suis plus tout à fait de là-bas ni totalement d'ici.Citoyenne du monde de l'esprit, les livres sont mon universalité
Je ne parle pas ici de cet absurde travestissement de la liberté en mode de vie consommatoire basé sur la fiche de salaire et la fréquence du shopping effréné et illusoire
Non c'est une autre forme de liberté plus subtile: cette sensation fragile de ne pas se mentir à soi-même et d'assumer ses choix ,mêmes les plus mauvais, envers et contre tous
J'ai renoncé au plan bled-villa-bourge-maman-à-côté-mari-rentier,j'ai renoncé au schéma de vie formatté qui semblait tout tracé depuis l'enfance, j'ai quitté mon cocon pour me lancer dans l'inconnu,fuyant la facilité pour m'ouvrir au monde.
C'était le prix à payer: le papillon est sorti, il époussette ses ailes pour l'instant en espérant voler, l'espace d'un jour.Un jour mémorable.Tant pis si les ailes n'ont pas le bon format.

03:15 Écrit par supertimba dans lost in translation | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

De l'âge adulte et de ses conséquences Je crois comprendre que "dans les grandes lignes" on a eu des parcours assz similaires...
L'ouverture de l'esprit et le passage à l'âge adultes se sont faits sur l'autre rive, pas celle de nos ancêtres.
Le papillon est sorti de son cocon mais il butine encore dans le jardin... il sait qu'il a théoriquement le choix entre deux fleurs pour butiner durablement... celle qui a vu les siens grandir, et celle vers laquelle il aspire car il sait et sent qu'il peut mieux s'y épanouir, quitte à s'y froisser les ailes, douleur salutaire...
Et pourtant, le papillon a beau épousseter ses ailes, il garde sur ses écailles le parfum de son enfance, cette signature génétique contre laquelle tantôt il se bat, et tantôt vers laquelle il aspire à revenir... tel un rescapé flottant sur l'écume de la médittérannée, bercé par le ressac, et ne sachant pas s'il doit poser le pied sur la terre ferme, ou revenir vers l'eau...
On est en tous là à un moment ou à un autre... et quelque soit la décision prise, aussi convaincu soit-on, le doute subsite, car chaque partie de cette double identité hurle à l'autre qu'lle est la meilleure...

Mais il n'y a ni fatalité ni destin, juste un peu de hasard et beaucoup de chance...

We lose a lot in translation, and we fully know what we lose, but we're never fully sure of what we're gonna get instead...

Bref, ça va me donner le cafard cette histoire... j'entends au loin le muezzin et respire l'odeur de la coriandre... mais le souvenir est parfois suffisant...

brrrrr

Écrit par : Amine | 17/09/2005

Le piège Je me reconnais dans ton billet supertimba. C’est assez bizarre, mais j’ai lu et relu ligne par ligne et je me suis dit purée c’est tout moi : mêmes questionnements, mêmes écartèlement, mêmes déchirement.
Je réponds toujours à des amis que, tout compte fait, je me suis fait piégé moi-même. Et puis il y a le facteur temps, les années qui passent vite et ca m’horrifie. Tout ça c’est insupportable ça m’empoisonne la vie depuis un certain moment.
En juin dernier, j’étais à un bout de doigt de présenter ma démission, de tout laisser, claquer la porter. Au dernier moment je n’ai pas osé. J’ai tout préparé pourtant mais je n’ai pas pu faire le pas. Trop risqué car je ne peux pas m’en passer de la liberté que je trouve ici.
Lost in translation ça résume tout. Fallait y penser.
Bref je deviens de plus en plus mélancolique ces derniers jours. Horrible aussi puisque quand j’ai lu ton billet et le commentaire de Amine je me suis dis Oui! Je ne suis pas le seul ! Ce qui est, convenons-le, une réaction indigne de ma part.
Bref je suis perdu et je commence à paniquer.

Écrit par : Larbi | 18/09/2005

indeed folks larbi, amine: oui comme tu dis amine le papillon garde l'empreinte de son enfance sur ses ailes, et c'est alors un incessant ressac entre nostalgie et deception.nostalgie loin du bled, deception lors des retours.
Dur d'être citoyen du monde:)
Yes we know what we lose in translation but also what we gain.Je me rends compte moi aussi que je ne suis plus en transit mais bien un full mre.Et pourtant je ne me sens pas appartenir à "cette caste": je suis venue de mon plein gré en cherchant des eldorados rêvés, et non par un héritage familial de mines et de misère .
Larbi: yes dude, la liberté qu'on a ici hélas impossible de la retrouver au bled.Encore pire quand tu es une femme: toujours jugée et pesée à l'aune des valeurs d'un autre age.
Et pourtant on sent son coeur se serrer n'est-ce pas à chaque fois qu'on prend ce maudit avion de retour.
Je n'ai hélas pas de réponses à nos angoisses mais je suis heureuse d'avoir trouvé des ames soeurs qui vivent la même chose.
I am so glad i have met you guys!

Écrit par : supertimba | 18/09/2005

Au pays de mes rêves! J'ai rêvé de mon pays, mon enfance, notre maison,mes grands-parents!j'ai rêvé d'un retour vers un passé qui me rejette et un pays dans lequel je ne suis qu'une simple "étrangère"!
J'ai rêvé que j'ai retrouvé mes ami(e)s d'enfance, ils sont là ils m'attendent, j'ai rêvé des larmes versées le jour de mon départ vers un pays où nous étions ma famille et moi que de simples étrangers...j'ai rêvé de ces frères et soeurs qui trainent leurs pas et se recherchent une identité, perdus entre deux cultures et deux pays.J'ai rêvé que le retour au pays n'est plus fait pour moi ni pour ceux qui sont comme moi, je me suis donc réveillée avec un goût d'amertume et de mélancolie et une larme chaude qui coule sur ma joue, au moins une bonne nouvelle je suis encore vivante!

Biz mes compatriotes et merci pour cet article"Lost and found in translation"
Larbi merci pour le tuyau ;-)

Écrit par : KAHINA | 05/10/2005

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