26/09/2005

conversation avec une mère woodyallenienne

-Rho ma fille je viens de voir un marocain physicien nucléaire sur"noujoum biladi"(littéralement les stars de mon pays), rho il avait l'air bien ce garçon!il enseigne à l'université et tout et ..
-Hé non maman je ne suis pas encore passée dans cette émission.J'ai toujours dit qu'il faisait de l'ostracisme vis à vis des ingénieurs dans ce bidule sirupeux et panégyrique.
-Rho ma fille quand est-ce qu'on va entendre parler de toi! et tu es toujours dans ta ferme à rénover, tu n'en as pas marre de la rénovation et du chantier.Rha ma fillle ma fille tu veux élever des poules ou quoi?tu veux mener la vie de mon gardien?Je t'ai élevée pour regarder pousser les vaches!!.Mon dieu mon dieu trouves-toi un gentil appart et vends cette baraque du temps des chariots!
-Hé non maman je n'ai pas gagné à l'euromillion et non je ne compte pas devenir fermière.Ouais je sais c'est un concept ovni de réparer de vieilles maisons au maroc.Mais c'est ma vie keske tu veux.?Et puis moi j'aime bien les moutons.
-Ta vie comment ça ta vie! tu es devenue une gawria ça yest! mon dieu j'ai jeté ma fille dans une "zoubia de "afia"(littérallement un torrent de feu).Ah qu'est-ce que j'ai fait au bon dieu! ouili ouili lalliyatek(les maitresses femmes) ici ont tous une villa avec piscine et toi tu casses des murs! je t'ai elevé pour faire du mortier?Tu veux me tuer ma fille, qu'est-ce que j'tai fait , nari nari je ne te reconnais plus.
-Mais non maman j'ai grandi c'est tout et puis tu ne m'as pas jetée! je ne suis pas un sachet de semoule je suis partie de mon plein gré!
-ouili ouili(damned littéralement), c'est quoi cette façon de parler à ta vieille mère.Après tout ce que j'ai fait pour toi.Allez va faire un tour chez ikea et trouve toi un gentil duplex et arrête de me contredire!ta vie ta vie, je suis ta mère c'est moi qui te l'ai donnée la vie, ecoute-moi je sais ce qui est bien pour toi ma fille.
-les gentils duplex c'est 250000 euros au bas mot et puis je ne veux pas moi d'un duplex.je veux des moutons j'te dis.Et tu sais aller chez ikea ici ce n'est pas synonyme de plaisir.
-Tu veux devenir bergère?qu'est-ce que je vais dire à la famille moi? ah nari ah wahdi ma fille eest devenue une gawria(une étrangère)
-Bah ils ne vont pas habiter avec moi, à moins qu'ils ne me pretent quelques euros...Mais tu sais j'ai 29 ans je sais ce que je fais.Et puis je ne suis pas bergère je suis consultante.
-29 ans oula 50 ans tu restes ma fille! ecoute-moi, abandonne tes vieux murs et pense aux chambres d'amis!consultant ou pas consultant ecoute ta mère.
a ce moment là je laisse le téléphone tourner dans le vide qq minutes
-tu cherches les ennuis ma fille.Lallyatek se facilitent la vie et font danser leur mari sur le bout de leur index mais toi ma fille tu es honnête, tu es trop honnête, je ne t'ai pas enseigné ta7ramyates(les entourloupes)
-ben oui justement tu aurais du.
Le téléphone dans le vide qq minutes.Entre envie de rire et de pleurer avant de lancer un besslama désabusé.Lost and found in translation.Get yourself an identity.
 
 

22:30 Écrit par supertimba | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

17/09/2005

Lost and found in translation

On perd une part de soi-même et on en crée une autre dans la translation;voilà un théorème que nous n'avons jamais appris en mathématiques.
Je suis à un stade de ma vie ou j'ai atteint la pointe du vecteur: perdue entre deux rives, amoureuse de deux cultures ma vie se fait néanmoins ici en Belgique et je me sens de plus en plus européenne.Pas uniquement belge non ce serait trop restrictif, européenne est le mot..
Je constate l'évolution de mon identité au jour le jour: l'europe m'a permis de me découvrir ,de m'affirmer en tant que femme ,de connaitre mes désirs, et pour cela la solitude est nécessaire.Oui cette fameuse solitude de l'émigré qui pleure de nostalgie les premières années en écoutant nass el ghiwane et en rêvant de harira familiale lors du ramadan sous la grisaille.Ces fameuses promenades au mileu des arbres rangés à travers une foule d'inconnus indifférents .Ces noels absurdes où l'on se surprend à rêver du chant du muezzin.
La solitude est dure dans un premier temps , mais loin de sa famille et loin du carcan social marocain l'on apprend à mieux se connaitre, loin de tout préjugé, on se définit d'abord par rapport à soi-même et non par rapport aux autre;on apprend à dire non, à revendiquer et à s'affirmer ce qui fait dire à votre famille que vous êtes définitvement une "gawria".(S'ensuit la litanie de tu-as-oublié-les-règles-de-ton-pays)
Cette découverte n'est pas dénuée de tristesse: l'on se rend compte qu'on ne pourra plus vivre au Maroc comme avant, l'identité s'est forgée et tout ce que l'on supportait par hypocrisie sociale n'est désormais d'aucune utilité.
C'est à la fois un désenchantement et une découverte: je porte le bled dans mon coeur et les murailles rouges dans ma tête , mais ma liberté est ici.La nostalgie est ma compagne : je ne suis plus tout à fait de là-bas ni totalement d'ici.Citoyenne du monde de l'esprit, les livres sont mon universalité
Je ne parle pas ici de cet absurde travestissement de la liberté en mode de vie consommatoire basé sur la fiche de salaire et la fréquence du shopping effréné et illusoire
Non c'est une autre forme de liberté plus subtile: cette sensation fragile de ne pas se mentir à soi-même et d'assumer ses choix ,mêmes les plus mauvais, envers et contre tous
J'ai renoncé au plan bled-villa-bourge-maman-à-côté-mari-rentier,j'ai renoncé au schéma de vie formatté qui semblait tout tracé depuis l'enfance, j'ai quitté mon cocon pour me lancer dans l'inconnu,fuyant la facilité pour m'ouvrir au monde.
C'était le prix à payer: le papillon est sorti, il époussette ses ailes pour l'instant en espérant voler, l'espace d'un jour.Un jour mémorable.Tant pis si les ailes n'ont pas le bon format.

03:15 Écrit par supertimba dans lost in translation | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

14/09/2005

lost in translation

That is how i feel, specially after lunch!
Je viens de voir le film avec le génial bill murray en beautiful loser as usual perdu dans un tokyo déshumanisé.Amoureuse de la culture japonaise et des anti-héross avec panache ce film était fait pour moi.
Et puis depuis "le jour de la marmotte" qui peut encore resister à l'expressivité minimaliste d'un bill murray à contre courant?Lost in translation, as all we do, dreaming our life, wasting our time.Hit me in the face, i want to wake up.I want to stand up, leave something great.Pride and humiliation,lost and not found.
Hit me in the face, i am a post-modern addict.

23:00 Écrit par supertimba dans lost in translation | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

c'est la rentrée : ralons un peu

Ouuuuuuuuuuh que je n'aime pas cette atmosphère de rentrée.Ca me donne le bluuuuuuuuuues.
Dire que quand j'étais petite j'aimais la rentrée! non je ne plaisante pas: j'étais contente de retrouver les copines et de découvrir les livres de classes!
Alors que maintenant rien qu'à voir le ciel gris de nouveau très bas et les journées qui racourcissent + la tronche des gens partout(du métro à la bagnole en passant par le boulanger du coin), on n'a qu'une envie: s'envoler vers la nouvelle zélande(mais non aucun rapport avec martin henderson, l'habite à LA le bougre).
Les trucs de rentrée qui me donnent sérieusement envie de manger du saucisson à 7h du mat sont, sans ordre particulier:
-Revoilà Guillaume Durand avec sa permanente et son émission non-littéraire Campus(Pivot we miss u!), revoilà les interviews creuses et les choix biaisés parmi 600 romans(!)
.-Revoilà Houellebecq et Nothomb qui commettent leur crime à chaque rentrée, aussi réguliers qu'une horloge: le premier toujours dans son personnage je-suis-detestable-mais j'écris-bien-et-je-provoque-une-polémique-chezlesparisianistes et l'autre qui quand elle ne mange pas des fruits pourris nous envoie à la tronche 30 pages écrits en gros caractères, en général des huits clos(ça évite de trop planter le décor), pour ensuite mieux en parler dans toutes les soupes médiatiques.
-Revoilà les bouchons et les tunnels intoxiqués par des citizen lobotomisés qui rentrent et sortent en même temps de la ville tentaculaire: après ça osons dire que nous sommes toujours humains.
-Revoilà les trains et les métros bourrés comme pour un test de déodorant.
-Koh lanta c'est fini!(oui je sais j'ai honte mais j'adore le spectacle de la turpitude humaine dans un microcosme exotique)
-Lost c'est fini aussi!(Sauyer where are you?)
-On va bientot se lever dans le noir et rentrer dans le même noir, toujours accompagnés par le bruit de la mousson belge éternelle.
-Tout le monde est là au boulot!Fini cette atmosphère de fausse indolence et les super places de la cantine(ouinnnnnn).
-Tous les magazines féminins proposent des méthodes miracles pour lutter contre "le stress de la rentrée" après avoir passé tout l'été à nous stresser avec leurs régimes -je-rentre-dans-mon-bikini-de-16-ans.
-Tous les magazines féminins nous parlent du nouveau look de poupées russes et de vestes militaires( et le bottes à bout pointu on peut encore les mettre?Telle est la question existentielle)
Heureusement le jt est là pour nous rappeller que les catastrophes elles ne prennent pas de vacances...

21:15 Écrit par supertimba | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |