11/10/2005

l'impossible eldorado

Mon frère je voulais te dire que oui j'ai vu la larme dans tes yeux.
Balloté entre "puto de negro" et azi" tu as regardé le barbelé absurde qui séparait la misère d'une forme d'espoir, même si l'espoir c'était les camps.Là au moins on ne risquait pas te réveiller avec une machette la nuit.
Oui mon frère j'ai vu ta larme couler à l'enclave, l'impossible enclave entre nord et sud, entre les légaux et les illégaux, entre la désolation et la prospérité même illusoire.
On t'a traité d'illegal et tu ne comprenais pas: marcher sur la terre des hommes pour cherchez le gite et le couvert est désormais une affaire d'équerre, de compas et de cartes.
Ils appellent ça une carte de séjour et toi tu dis carte de vie, carte de survie.
Oui mon frère j'ai vu ton corps décharné transporté en camion aux confins du désert, pour t'éloigner de l'enclave, bannir l'espoir de ton coeur.
On t'a traité en animal et tu criais ta dignité, tu hurlais ta normalité.
Mais qu'est-ce que la normalité dans un monde de visas?
Et pendant que l'on discute dans les hautes sphères comment mieux te refouler, te juguler comme une épidémie abjecte, t'empêcher de traverser la frontière des hommes, comment te renier par n'importe quel moyen,ceux-là même qui nous considèrent nous les légaux, comme de simples"ressources" humaines, ton esprit lui était déjà loin, tu allais recommencer.
Des milliers de km sous le soleil brulant,bruler les cartes , bruler vers l'impossible eldorado.Ils ne comprennent pas ton impossible voyage, ils ne connaissent pas ta volonté.
Car tu n'as rien à perdre n'est-ce pas,tu as tout laissé derrière toi pour l'ailleurs rêvé.Les mots sont faibles, les mots sont laches, les mots ne peuvent pas décrire ce que tu as vécu.
Tu remaches ta déception mon frère et tu serres les machoires ,je le vois.Tu voudrais l'arracher cette liberte, tu voudrais brandir ta dignité.
Tu reviendras et d'autres avec toi, tu préfères chercher la mort plutot que de l'attendre
La larme ne coule plus.

00:58 Écrit par supertimba | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

Tiens... On poste sur le meme sujet en meme temps ;)

J'ai de plus en plus l'impression qu'on vit dans la peur. Peur de l'etranger, peur de perdre son emploi, peur de mourir et finalement, peur de vivre...

"J'en ai bavé de la peur que j'ai lu dans les yeux
De ceux qui ont trois fois rien et qui le croyaient précieux"
(Zebda - Le bruit et l'odeur)

'Fear is the path to the dark side. Fear leads to anger. Anger leads to hate. Hate leads to suffering.' (Yoda)

Bienvenue au XXIeme siecle ;)

Écrit par : Un Homme | 11/10/2005

Entre la honte et le sentiment de hogra De pays de haragas nous sommes devenus la main de la répression. Certaines habitudes ne changent malheureusement jamais.
Loula haraga

Écrit par : Loula | 11/10/2005

je suis choquée au delà du possible C'était insupportable de voir ces hommes pleurer en hurlant qu'il ne faisait décidemment pas bon être noir sur cette terre.J'en ai pleuré de rage et de honte.
Loula , haraga b7al khtak:)
un homme: ah le grand Yoda:) on devrait l'écouter plus souvent.
Mefions nous des siècles où la peur ressurgit: en général les décénies d'obscurantisme ne sont pas loin.

Écrit par : supertimba | 11/10/2005

je vous ai ajouté dans la liste de mes favoris, j'avais oublié quelle honte!

Écrit par : supertimba | 12/10/2005

He he Merci :)
(meme si c'est vrai que je suis loin d'etre un bledard ;)

Écrit par : Un Homme | 13/10/2005

Cute! Bonne fin de semaine, mirci pour le lien.
Mwah

Écrit par : Loula | 14/10/2005

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