16/01/2006

 La gastronomie du maçon(ou plus snob the mason cookbook)

Ce midi, en allant me sustenter d'un sandwich bio hors de prix tout ça pour avoir le plaisir de croquer dans de la tomate et des concombres moins esquintés que chez les concurrents(j'ai horreur du pain sec, de la tomate déprimée et du thon noyé dans de la mayonnaise billiaire), un souvenir gastronomique marocain m'est tout d'un coup revenu en mémoire,un souvenir si puissant que j'ai passé cinq bonne minutes à fixer stupidement le vendeur à la caisse, qui du coup s'est cru réincarné en Sean Connery.
Encore une facétie que me jouent mes sens d'exilée  dans les moments qui s'y prêtent le moins!
Ce souvenir c'est le fameux tagine du maçon pardi.
Je m'explique pour les non initiés:Jadis(kane y ma kane)souvent à midi de retour de l'école je passais près d'un de  ces interminables chantiers marocains truffés de maçons chantant à tue-tête et tenant un outil contendant et bruyant dans la main de façon à produire le fameux trac tertellak dont tout bon chantier marocain est coutumier.

En général les maçons disposaient d'un équipement de survie: une radio-karaoké et un réchaud (ou boutagaz pour les intimes).
Et c'est sur ces butagaz usées et au son d'un bon chaabi de derrière les fagots(chantés par des maçons à la voix toujours très haut perchée) que s'échappaient les effluves d'un des tagines les plus simples qui puissent exister: pommes de terre, quelques épices de bases(cumin, paprika,sel, piment, curcuma rarement du safran considéré comme du luxe), des olives,de l'ail des oignons et le tour était joué!L'odeur dégagé par ce plat simplissime croyez-moi suffisait à me faire hater le pas vers la maison pour réclamer à ma mère la même chose.

Que d'odeurs, de couleurs de sons me reviennent à l'esprit...
Cette magie de la simplicité se retrouve dans une autre variante de la gastronomie "maçonne", j'ai nommé le sandwich du maçon, acheté en général à l'épicerie du coin.(mais si au maroc il y a toujours une épicerie du coin)
Là encore que de souvenirs...
Les afficionados le savent bien: deux grands classiques se partagent les faveurs des "pisserias" en tout genre:
1-l'incontournable mortadella(ou kasher) sur une couche de vache-qui-rit, sur baguette s'il vous plait.
2-le non moins imparable "tone b maticha ou el 7ar"(thon au tomates et piment) dans un pain beldi, voire cerise sur le gateau (si j'ose dire)un pain au ch3ir(pain foncé au seigle)
Quand on avait de la chance, l'épicier nettoyait le couteau après chaque "menu", sinon on passait avec le bloc de  maçons ,tous au même couteau, accomodés au même kasher.
Pour parfaire le menu "maçonnier" il fallait arroser le tout avec de la limonade "la cigogne" et terminer sur les notes délicates d'un raibi jamila à la grenadine, ce petit pot en plastique cheap dont le rose peu discret promettait des délices louches donc convoités.(je cherche desesperement la traduction du raib en français, on va dir que c'est à mi -chemin entre le yaourt et le lait battu).
Generation raibi jamila /biscuits henrys/grendaizer/ghazl el banates levez la main et Dieu reconnaitra les siens:)
Et donc ce midi, tandis que je brandissais mon malheureux petit pain à la "légumaise de thon(si si )", je pensais à cet étrange pouvoir qu'a sur nous
notre mère patrie, un rapport d'amour-haine tenace où se melent tour à tour la nostalgie, la rancoeur, la tristesse, la rage et la joie.
Rapport passionnel où nous réinventons sans cesse le pays quitté , où nous nourissons notre mémoire de fantasmes et d'images réelles ou inventées,comme pour mieux y revenir ou ..mieux en partir.
En attendant, voici la question qui me taraude les méninges depuis ce midi: le raibi jamila à la noix de coco existe-t'il encore?
Please any information would be kindly welcome.

(photo (une épicerie de fortune perdue dans le moyen atlas)extraite de http://www.voirlemonde.com/ , ,le récit d'un voyage en sac à dos autour du monde, mon fantasme préféré!)

21:23 Écrit par supertimba | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

Grève de la faim Bonjour SuperTimba,

Lorsque j'étais enfant et que nous allions à Marrakesh visiter la familia, ma grand-mère qui n'aimait cuisiner que lorsqu'elle avait des invités nous donnait de l'argent et nous allions en face de la maison chez le boucher cuistot sis au petit marché du quartier industriel sur la rue Ibn el Qadi Ayad (si ma mémoire est bonne). Un petit comptoir en carrelage blanc nous servait de table. Les ouvriers du coin venaient manger là. Nous avions le choix entre le sandwich de kefta (viande hachée) au steak ou encore des peufs frits.
A Casablanca, Nawfal qui tenait une des première ma7laba nous servait à 10.30 le plus succulent des sandwiches au thon et harissa sur un pain baguette style viennoise tout droit sorti du four. Il y avait aussi le vendeur de graines de tournesol et crème glacée (pas de crème, mais beaucoup de sucre dans ses glaces). J'habitais tout près du glacier Olivieri et donc je ne te dis pas ce que j'ai bouffé comme savoureuses glaces, mon péché mignon était le Chocolat liégeois ou encore un grand verre de limonade.
Là, tu m'as fait penser aux merveilleux mets que Mia prépare et à la tangia que mon pater préparait ainsi que son tagine aux pruneaux.
Il est à peine 9.11am et j'ai faiiiiimmmm.

Écrit par : Loula | 17/01/2006

Et la sevillana pardi! Et Kojak! Et le pain chaud! Et Chfeunj! A l'épicerie, il y avait aussi "sivyana" (la sevillane), autrement sanswich aux sardines à la tomate, du nom de la marque de sardines en questions (La Sevillana)!!
Pareil Loula pour Oliveri, j'y allais souvent (vous connaissez le parfum "parfait"? Peu de gens le connaissent et pourtant c'est, à mon goût bien sûr, le meilleur de la maison).
Je me rappelle surtout du vendeur de chfeunj (beignets) à la sortie de l'école... Quand on avait pas envie de prendre des Henry's trempés dans du thé à la menthe (j'adorais!) pour le goûter, on allait manger des beignets dans la petit boutique même du "binichou"... Raibi jamila c'était le matin... la noix de coco je ne saurai te dire, je preférais le rouge grenadine...
Je me rappelle des sucettes Kojak à la sortie du Lycée, des pépites (oui Loula, les graines de tournesol toutes chaudes), achetées à 50 centimes une grosse protion dans du papier journal de Al Bayane...
Au niveau olfactif... quel bonheur quand on passait au four du quartier qui nous cuisait notre pain (on le preparait à la maison mais il était cuit au four à bois du quartier)... quelles odeurs,,, parfois, de relents de tangia en sortaient... ah... mon ventre gargouille maintenant...



Écrit par : Amine | 17/01/2006

Ah la Sevillana Amine, ah oui je m'en souviens des sardines à Sevillane, pitié j'essaie de ne pas penser à bouffer:-)

Écrit par : Loula | 17/01/2006

sevillana! wa ma adraka ma sevillana!bien sur que je m'en souviens assi amine!surtout quand j'étais affamée sur la plage après un bon plongeon dans l'atlantique!
wili ou oliveri! j'écumais celui de marrackesh et de casa hmmmmmmmmmmmmmmmmm!framboise avec de la meringue et pleinde creme fouettée!
zeri3a à la sortie de l"école et jabane kouloubane! j'étais une fan de jabane:)

Écrit par : supertimba mangeant du 3'das | 17/01/2006

et el me7laba? T’as oublié l’irremplaçable et inimitable me7laba voyons !

PS : raibi jamila à la noix de coco n’existe malheureusement plus :-(

Écrit par : chighaf | 18/01/2006

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