14/02/2006

Grosse fatigue

Un post de larbi(http://www.larbi.org/index.php?2006/02/11/172-et-3lach-tout-ca) m'a particulièrement interpellé :il s’agit de cette crise identitaire que l'on ressent en tant qu'arabe et/ou musulman .

J'ai l'impression d'être immensément vieille en disant cela, mais en regardant quelques années en arrière ,pendant mes études au Maroc , je constate que tout le monde se mélangeait dans un tohu-bohu bien plus innocent que revendicateur. Il ne s'agit pas ici d'être stupidement nostalgique ou de regarder son pays à la loupe déformante de l'exil mais force est de constater que l'époque est pourrie.(comme toutes les époques me direz-vous ?)

Bien sur il y avait des filles voilées, des garçons qui aimaient bien précher la bonne parole,certains qui se déclaraient ouvertement athées, d'autres plus adeptes de la fiesta que de la salle de prière, mais on vivait tous ensemble et on ne sentait pas cette tension latente omniprésente qui vous force à choisir vos adversaires.

Quand on faisait grève, quand on travaillait au labo, quand on passaient nos nuits blanches dans les salles informatique, si peu nous séparait et l'on sen sentait réchauffés par cette ambiance de camaraderie propre à la vie estudiantine.

Bien sur on se moquait des travers des uns et des autres :untel qui cherchait à appliquer la sounna

même dans un programme en C(sic!) ou à démontrer l’existence de Dieu en partant d’axiomes mathématiques , un autre qui avait un peu trop fait la fête le week-end et ronflait copieusement au cours du lundi matin, une " voilée" qui s'était oubliée en faisant la bise à un garçon( rhooo la rougeur persistante de la pauvre fille en état de (dis)grâce).

Mais on ne choisissait pas son clan et on se respectait les uns les autres. Il n'y avait pas cette hargne, ce petit esprit revanchard qui fait que chacun campe sur ses positions en refusant totalement le débat, qui fait que l'un répond systématiquement avec un verset du coran tandis que l'autre lui assène voltaire , la laïcité et tout le siècle des lumières en pleine figure.

De nos jours j'entends parler d'associations estudiantines séparées dans les universités, je vois les ninjas (en tenue noire couvrant totalement le corps et inconnue jusque là au Maghreb) investir la rue peu à peu et plus que tout cette sensation de malaise diffus, inexplicable, oppressant.

Et l'on est parfois bien las de porter le poids de cette identité sur les épaules: pendant cinq ans j'ai été l'ambassadrice de la culture arabo-musulmane auprès de mes collègues belges, expliquant avec acharnement, luttant contre les préjugés, faisant mieux connaitre nos us et coutumes, disséquant la philosophie de l'islam, pointant du doigt le moindre apport de notre civilisation à la culture mondiale.

Et là je me sens tout d'un coup prise d'une grande lassitude. Grosse fatigue.JE ne veux pas choisir entre les pions blancs ou les pions noirs : j’ai toujours été fan du gris.

Epoque pourrie j'vous dis.

15:44 Écrit par supertimba | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |