09/08/2006

Avec un ciel si gris qu'un canal s'est pendu

Tu m ‘as dit: ”Et alors ça ne te manque pas trop le Maroc? Tu y retournes souvent?

Tu ne pouvais pas savoir que cette phrase innocente allait me vriller le coeur, réveiller cette douleur latente qui sommeille au fond de moi.

La vieille douleur familière qui m’accompagne désormais dans ma « so-called » vie d’adulte.

Comment te dire que je compte désormais le temps en année, l’année où mon père était malade, l’année où nous avons été à la plage de mon enfance, l’année ou je me suis embarquée avec une simple valise vers au delà des mers...

Comment te dire que chaque année je grappille quelques misérables jours pour me remplir les poumons de l’air du pays, pour graver leurs images dans ma mémoire, emprisonner leurs visages dans mon esprit comme un fabuleux butin à contempler les jours de pluie.

Les jours de pluies et de grisaille comme ce mois d’août bruxellois, où le ciel redevient si bas si bas...

Un voile maussade devant les yeux, je cherche à retrouver la lumière de mon enfance, le soleil est dans ma tête, je ferme les yeux pour retrouver cette sensation de brûlure délicieuse, pour humer les odeurs de menthe, de cumin et de citrons confits.

Comment te dire que parfois je plonge mon visage en cachette dans mes tapis berbères pour raviver cette cette terre lointaine qui est en moi.

Le bruit et les odeurs , j’aime ça moi ,n’en déplaise à certains.

Comment te dire que je suis devenue mélancolique, que je traîne ma mélancolie partout avec moi comme un sac trop lourd, mon regard n’est plus insouciant, j’ai désormais ce fameux sourire des exilés, je cherche à accepter les absences, les trop nombreuses absences , j’essaie de me noyer dans le quotidien , d’oublier cette formidable lumière sous les néons blafards de l’open space.

Zuidstation, kunst-wet, halleport : les stations de métro défilent pendant que j’écoute des chansons indiennes. L’inde ma patrie imaginaire où je crois retrouver la même folie, les mêmes couleurs que mon Maroc.

Je m’abime les oreilles dans les complaintes hindoues qui chantent l’amour, la tristesse, le mal du pays pour ne pas avoir à écouter la même chose dans ma langue natale : cette nécessaire distance pour ne pas céder à la douleur.

Main yahaan hoon yahaan hoon yahaan hoon , se lamente mon chanteur indien , “je suis là, je suis là” .

Un vieil homme s’approche de moi dans le métro:”Ca va mademoiselle”?

Je me ressaisis: je n’avais pas vu que je pleurais, en silence.

« Mon enfant , ma soeur, songe à la douceur d’aller là-bas vivre ensemble, aimer à loisir , aimer et mourir au pays qui te ressemble".

11:05 Écrit par supertimba dans lost in translation | Lien permanent | Commentaires (15) |  Facebook |

Commentaires

A la Une Bravo supertimba ! Votre blog est à la Une des Skynet Blogs aujourd’hui.
Toute l’équipe des Skynet Blogs vous félicite :-)

Retrouvez tous les blogs mis à la une sur http://toutsurles.skynetblogs.be

Écrit par : Skynet | 09/08/2006

heu merci mais je ne vois pas où, pourtant je viens d'aller consulter l'url proposée..

Écrit par : supertimba | 09/08/2006

trés poignant supertimba rien à ajouter ... a la fois trés poignant et vrai... t'es devenue notre porte parole nous autres les exilés de ce monde.

Saïd El Haji disait: "Quand la nostalgie me gagne, je me construis mon propre pays. Je lui donne une teinte romantique et mythifiée. L'image d'un paradis. Peut-être parce que j'y ai vécu une enfance très heureuse".

Écrit par : Larbi | 09/08/2006

tu m'as emue Tres touchant,supertimba.
Ne pas laisser la douleur te grignoter sur le compte d ela distance.
xoxo

Écrit par : najlae | 09/08/2006

Azur Salut SuperTimba,
Je te comprends très bien. Pendant des années je me voyais passer l'été loin, très loin des miens. Le choc en les revoyant. Puis la déchirure, les frontières visibles et palpables. Puis, ils sont venus s'installer ici. J'ai pu respirer, me considérer plus que chanceuse de pouvoir les voir beaucoup, beaucoup plus souvent. Tu vois, là, je me prépare, en attente, comme une naissance à rebours, je patiente car je n'ai plus l'impatience d'antan, je patiente en pensant que dans quelques semaines je m'envolerai vers le pays des ancêtres, cette terre, ma terre, notre terre. Je ferme les yeux et, non, à part quelques endroits, quelques visages, je suis devenue insensible ou plutôt j'ai pris du recul. Me suis petit à petit défait de ma nostalgie. Nostalgie des pierres, de l'azur sans aucun doute, de la houle, du ciel d'Amezmiz (qui doit être balafré de lumières aujourd'hui). Je ne sais absolument pas à quoi m'attendre. J'ai décidé d'être touriste tout simplement, ne pas parler sauf aux rares personnes que j'aime, observer et me taire comme à mon habitude. Fermer les yeux et me faire croire que je peux toucher les étoiles au pays de l'Atlas.

Écrit par : Loula | 10/08/2006

merci les amis je vais essayer de vaincre cette satanée douleur: citoyenne du monde hein loula?:)
bises à tous!

Écrit par : supertimba | 10/08/2006

Y a pas de quoi:-) Définitivement, citoyenne du monde:-) you know what they say Home is where the heart is:-)
Mwah

Écrit par : Loula | 10/08/2006

très émouvant, bien écrit, très juste tout en pudeur.

Écrit par : AnneE | 14/08/2006

Bonjour Bonjour
une invitation pour toi
et tous tes amies amis et famille
a la grande rencontre internationale
de bloggeurs du 26 aout 2006
a l hirondelle.be

RENCONTRE 2006 le 26 AOUT
http://rencontre2006le26aout.skynetblogs.be


Écrit par : RENCONTRE 2006 le 26 AOUT | 15/08/2006

Pourkoi rester alors Si le pays te manque autant et si tu penses être utile à ton pays prkoi rester à l'étranger?!!!

J'étais de ceux qui pensaient jamais quitter le pays pr travailler à l'étranger les circonstances de la vie ont modifié la donne et je me plaît tellement là où je ss que je ne me sens plus aussi bien chez moi au bled.

Alors j'ai du mal à comprendre ceux qui s'acharnent pr rester là où ils ne se sentent pas bien.

Écrit par : achakar | 15/08/2006

achackkar les choses ne sont pas aussi simples: je suis mariée ici et ma carrière est ici egalement.Seulement toute la smala familiale est au dela des mers.D'où un dilemne permanent.Mais il est vrai que je me suis souvent posée la question du "pourquoi rester ici"

Écrit par : supertimba | 16/08/2006

combien de temps? DEpuis combien de temps es tu loin du Maroc?
j'imagine que tes mots ne sont qu'euphémismes, tellement la mélancolie et la nostalgie enveloppent doucement et accompagnent le protagoniste (en l'occurence toi) jusqu'a la tristesse....

Écrit par : prout | 18/08/2006

Bonjour Tristesse !! Je connaissais pas ton blog, inculte que je suis mais ce post est une vraie perle...Mais dis toi que quelque part t'as quand meme de la chance, toi au moins tu es bien quand t'es la bas...perso, c'est un peu plus compliqué, la France n'est pas mon pays et le Maroc je le reconnais plus, je suis suspendue comme ça dans le vide entre une nostalgie présente et un desir de rupture naissant...mais nos malheurs sont toujours beaucoup moins grave que ca en a l'air !!!

Écrit par : sanachitana | 18/08/2006

sanaa chitana welcome on board:) moi je connaissais le tien pour y avoir souvent erré et apprécié la franchise de tes textes, même si je ne laisse pas toujours un commentaire sur tous les blogs que j'apprécie.
La suspension dont tu parles je la connais bien et j'en avais parlé dans un post précédent intitulé lost in translation que j'ai la flemme de chercher:)

Écrit par : supertimba | 18/08/2006

Je comprends mais à la fois... Supertimba, au-delà de l'émotion suscitée par ton article (quand pourrai-je trouver ton premier opus en librairie?), je comprends, je partage mais je ne suis pas tout à fait d'accord.

A te lire, on a compris que tu n'es pas ouvrière, coincée par des cdd, par un smic, par une famille nombreuse à nourrir, par le chômage qui ne te quitte pas parce qu'on sent bien que t'es pas tout à fait du coin, là où tu vis... La so-called nostalgie, c'est ce qui permet d'abord d'éviter de regarder devant soi, de faire des projets, de se nourrir l'âme avec des aliments frais.
Bien sûr, tout ça il faut l'inventer, le faire soi-même, et c'est plus difficile que le temps béni de l'enfance où maman s'occupait de tout, où le tajine de kefta succédait au lait d'amandes, où la plage succédait aux lectures, où le week-end n'était pas encombré de courses, de papiers à remplir...

Dans ton cas, cette nostalgie n'est-elle pas un luxe? Car lorsque l'étau serre le coeur, il suffit d'un last minute et papa-maman, le cumin, les médinas, les palmiers, le Bou Regreg, tout ça n'est qu'à deux heures de chez toi, c'est-à-dire la même chose qu'aller à Oostende et revenir.

Des last minutes, ça coûte des sous? Qu'est-ce que tu peux faire pour les trouver? Cesser de fumer? Acheter un peu moins de fringues? Négocier une augmentation?

Allez, Supertimba, tu veux quoi? T'es parmi les mieux loties des expatriées marocaines, t'es une femme libre, t'as un salaire certainement nettement au-dessus de la moyenne, un diplôme qui ouvre plein de portes, et certainement une future carrière d'écrivain. Alors ton article, là, oui il est très bien écrit, bien sûr qu'il me touche, mais ta nostalgie, si tu en souffres, c'est que tu la cultives, c'est un choix et non une fatalité, tu ne me feras pas croire le contraire.

Écrit par : Odilon | 01/09/2006

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