25/06/2007

Carpe diem..heu demain?

A 13 ans j’ai reçu un choc cosmique.

Non je vous vois venir, je n’ai pas  été enlevé par les extraterrestres et je ne me suis pas infiltré en catimini à la NASA pour pousser sur un tas de boutons bleu, rouges et vers(quoique de nos jours..)

Je n’étais pas non plus figurante sur ET derrière une Drew Barrymore pas encore affadie.

Non ma prof d’anglais fut la responsable de ce choc en nous projetant dans la langue de Shakespeare «  le cercle des poètes disparus ».

Non que ce film soit le chef d’oeuvre du siècle(je n’avais pas encore vu la trilogie honk-hongaise de « infernal affairs »)mais son message avait chambardé mon petit monde.

En dehors de l’apologie de la poésie et des destins tragiques ses protagonistes (y a quand même un suicide) propices à enflammer l’imaginaire d’une adolescente post)pubère, ce film proclamait qu’il fallait profiter du jour présent !carpé diem !Moi qui menait une existence bonne élève, faite de devoirs et de goûters programmés à heures fixes , j’en était chamboulée !

C’est qu’au même moment, mon prof d’arabe nous serinait » la toajile amala al yawmi il ghad » : ne reporte pas à demain ce que tu peux faire aujourd’hui. Message également véhiculé par ma fidèle « majallat majid» un magazine de droite pour enfants arabophones en mal de lecture , encouragés à trouver d’autres héros plus représentatifs que Candy.

 

Dès lors un stress intense s’empara de ma petite personne :comment concilier la lecture d’Asterix chez les corses » avec une rédaction en arabe sur un match de football ?Comment admirer pendant des heures le bellâtre inaccessible du lycées tout en résolvant ses équation du second degré ?fallait-il bûcher la recette du cake au citron au lieu de s’absorber dans ses fiches de lectures ? Chaque minute sans plaisir me semblait irrémédiablement perdue et je me voyais déjà ruminant des regrets à soixante balais en serinant « carpe diem » à mes petits-enfants.

Comment faire pour que chaque minute soit intensément vécue et que l’on ait aucun regret le soir venu tout en s’acquittant de ses corvées journalières?

Eminemment dramatique  !

J’avais déjà des réflexions à la calvin & hobbes sans le savoir(et sans pour autant m’inventer une enfance fictive, je vous renvoie à cette excellente BD)

 

Aujourd’hui encore cette dualité me poursuit.

Et pourtant je mène une existence des plus honnêtes= un crédit immobilier sur 25 ans, un boulot dans des tours de verre avec des vrais morceaux d’Excel  dedans et je me prépare mentalement à pondre une descendance qui polluera autant sinon plus que moi cette chère planète asphyxiée

Et pourtant le doute m’assaille quotidiennement : et si je larguais tout pour un voyage autour du monde (autour de l’Asie serait plus juste) ?Et si je m’enfermais pendant 1 an pour pondre un livre ?

Et si  j’envoyais balader le crédit immobilier pour habiter une yourte mongole ou un bus anglais ?

Et si j’interrompais le mode slideware pour me télécharger un petit Drama coréen vite fait ?

Et si je faisais du pain maison plutôt que le planning projet ?Et si j’abandonnais ce conf call de 3 heures pour aller apprendre une danse indienne traditionnelle ou le japonais en accéléré?

Il va de soi que pour certains dilemmes la solution est simple.

 

Ce n’est qu’il y a quelques années que j’ai compris le vrai sens du carpe diem, qui n’est en fait pas du tout antagoniste du fameux « la toajil amala etc.. »

C’est en quelque sorte un idéal de zénitude et de paix intérieure où chaque journée serait propice à l’épanouissement, épanouissement qui ne passe pas forcément par la case « je me fais super plaisir en matant un Drama japonais avec des crackers au wasabi » mais plutôt par « j’ai le sentiment d’avoir découvert/fait/accompli quelque chose de valorisant et j’ai osé le faire maintenant, présentement, aujourd’hui , ahora, today  sans attendre 60 piges ».Tout dépend de ce qu’on met dans le fameux adjectif valorisant  bien évidemment, pour certains ce sera enrichir un peu plus une multinationale quelconque, pour d’autres ce sera aider un petit vieux dans un métro surchauffé, d’aucuns auront enfin découvert le bonheur de lire un bouquin qui leur ouvrira de nouveaux horizons. Personnellement je range les dramas japonais dans la catégorie vaorisante aussi vu la vision du monde totalement différente qui y est exposée(trop facile je sais J)

 

Le vrai carpe diem n’est pas forcément individualiste et ne sombre pas inévitablement dans l’hédonisme futile., mais notre cerveau bercé par la société de consommation nous laisse souvent croire le contraire. Je le rapprocherai plus d’un « connais toi toi-même socratique » que d’un « sois heureuse avec ta paire de jimmy choo dans ton 4*4 plus polluant tu meurs » paris-hiltonien.

Reste que le carpe diem est un véritable défi au quotidien :se coucher le soir sans rien regretter de sa journée ou en ayant le sentiment d’avoir touché ses rêves de près n’est pas un exercice facile. Ronsard et sa rose l’avaient compris depuis belle lurette.

Notre existence moderne est faite de compromissions misérables et de résignations sociales qu’il est dur de secouer : cueillir la rose du jour relève parfois de la haute voltige. Chaque seconde qui se dandine appartient déjà au passé, vulnerant omnes ultima necat, disent-ils.

Vivre ses rêves plutôt de que de rêver sa vie : cette maxime me hante au quotidien.

Et vous ? de quel côté est vous ?

 

Sur le même thème,je vous laisse avec ce poème de Quenau, souvent plus connu grace à l’interpretation brillante de Juliette Greco :

 

Si tu t'imagines


 

Si tu t'imagines
si tu t'imagines
fillette fillette
si tu t'imagines
xa va xa va xa
va durer toujours
la saison des za
la saison des za
saison des amours
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures

Si tu crois petite
si tu crois ah ah
que ton teint de rose
ta taille de guêpe
tes mignons biceps
tes ongles d'émail
ta cuisse de nymphe
et ton pied léger
si tu crois petite
xa va xa va xa va
va durer toujours
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures

les beaux jours s'en vont
les beaux jours de fête
soleils et planètes
tournent tous en rond
mais toi ma petite
tu marches tout droit
vers sque tu vois pas
très sournois s'approchent
la ride véloce
la pesante graisse
le menton triplé
le muscle avachi
allons cueille cueille
les roses les roses
roses de la vie
et que leurs pétales
soient la mer étale
de tous les bonheurs
allons cueille cueille
si tu le fais pas
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures.

Raymond Queneau (1903-1976)
L'instant fatal (1948)


 

 

15/06/2007

A Moi Procuste!

Ah j’ai reçu le fameux questionnaire de procuste de « une marocaine »(http://monagora.hautetfort.com)

Dur de délimiter ses lecture, sachant que je ne passe pas une journée sans un bouquin quel qu’il soit et que j'ai horreur des classements, des top 10, top 50 et j'en passe.

Et puis j'ai tellement de bouquins que depuis que j’ai déménagé je n’ai pas encore déballé toutes mes caisses de livres !Sans parler de ceux que j'emprunte à différentes bibliothèques.

Quelle injustice de ne retenir que quelques noms alors que je dois à des centaines d’écrivains mes heures les plus belles : auteurs japonais, indiens, arabes, français, anglais, américains , russes peuplent tous ma ma mémoire et mon cœur de souvenirs impérissables

Mais qu’à cela ne tienne , prêtons-nous à l’exercice sur le pouce et sur le temps de midi !

Les 4 livres de mon enfance :

  • Toutes les Majalat majid (si si j'avoue)
  • Tous les "El maktaba al hadita"(vous savez ces petits bouquins pas chers en arabe, qui se vendaient dans les librairies marocaines et chez les bouquinistes)
  • Les misérables, Victor Hugo:Je dois mes premières larmes littéraires à Cosette et je me souviens encore que je mangeais du pain d'orge fait maison avec du thé à la menthe quand j'ai commencé l'oeuvre.
  • Le petit prince, Antoine de Saint Exupéry: la poésie à l'état pur, j'ai été en état de grace à la première lecture.
  • Tous les livres de la comptesse de ségur: gnan gnan mais étape formatrice de l'enfance !

Rho il y a aussi agatha christie, alice detective (bibliothèque verte!), le petit chose de Daudet, tous les asterix et tintin et .. ok ok je me calme

Les 4 écrivains que je relirai encore et encore :

  • Umberto Eco
  • Boris Vian(mon héros absolu devant l'éternel)
  • Victor Hugo( on ne peut pas résister à l’auteur du célèbre poème« demain dès l’aube à l’heure où blanchit la campagne, je partirai, vois-tu je sais que tu m’attend »)
  • Driss Chraibi

Evidemment ill y en a une pléthore mais c'est ce qui me vient à l'esprit à cet instant t précis.

Les 4 écrivains que je ne lirai probablement plus jamais :

  • Paolo Coehlo
  • Frederic Beigbeider
  • Amelie Nothomb
  • Marc Levy(je ne sais pas si on peut le classer dans les écrivains ceci dit)

Les 4 premiers livres de ma liste à lire et à relire :

Rhoa trop dur !Je vais aller dans le registre surréaliste et fantastique pour changer un peu !

  • L’écume des jours, Boris Vian
  • 1984, George Orwell
  • La métamorphose, de Kafka
  • L’une des meilleures œuvres de science fiction que j’ai lu jusqu’à maintenant: Les cycles Hyperion/Endymion de Dan Simmons
  • La société du spectacle, de Guy Debord(bon ok j’ai triché, ça fait 5 !)

Mais sinon j’emporterai aussi :

« Svastika » ou » la confession impudique »de Junichirô Tanizaki

« Les fleurs du mal » Baudelaire

« Les misérables »Victor hugo

La série des inspecteurs Ali de Driss Chraibi

Ou zid ou zid htal sidi bouzid ! Cet exercice est inhumain !

Les 4 livres que je suis en train de lire :

  • “ L’orientaliste “de Tom Weiss
  • « Show business » de Shashi Taroor
  • « Pains gourmands » de Richard Berthinet(ben oui je lis des bouquins de cuisine aussi)
  • « Les nouveaux penseurs de l’islam » de Benzine

Les 4 livres que j'emmenerai sur une île déserte :

Hmm dur dur !

Les fleurs du mal , Baudelaire

Les misérables, Victor Hugo

Tous les bouquins de Driss Chrabi

Tous les poèmes d’Omar Khayam

Tous les Junishiro Tanizaki

Réflexion faite j’emmènerai ma bibliothèque avec moi !

Les premiers mots d'un de mes livres préférés :"1984 ";George Orwell

It was a bright cold day in April, and the clocks were striking thirteen. Winston Smith, his chin nuzzled into his breast in an effort to escape the vile wind, slipped quickly through the glass doors of Victory Mansions, though not quickly enough to prevent a swirl of gritty dust from entering along with him.

The hallway smelt of boiled cabbage and old rag mats. At one end of it a coloured poster, too large for indoor display, had been tacked to the wall. It depicted simply an enormous face, more than a metre wide: the face of a man of about forty-five, with a heavy black moustache and ruggedly handsome features. Winston made for the stairs. It was no use trying the lift. Even at the best of times it was seldom working, and at present the electric current was cut off during daylight hours. It was part of the economy drive in preparation for Hate Week. The flat was seven flights up, and Winston, who was thirty-nine and had a varicose ulcer above his right ankle, went slowly, resting several times on the way. On each landing, opposite the lift-shaft, the poster with the enormous face gazed from the wall. It was one of those pictures which are so contrived that the eyes follow you about when you move. BIG BROTHER IS WATCHING YOU, the caption beneath it ran.

Les derniers mots d'un de mes livres préférés :"La nuit des temps", René Barjavel

« Que ce garçon est bête « -dit le père

« Qu’il est beau » dit la mère.

Je passe le relais à najlae et loula.Mes autres bloggeurs préférés ayant déjà fait l'exercice!J'oubliais ! je l'envoie également à jeveuxdevenirjardinier.com

11/06/2007

La rage

Parce qu'on est rentrés dans le moule.

Parce qu'on a plus la rage.

Parce qu'on est déjà rangé dans le bon tiroir.

Parce qu'on a plus la rage de nos 20 ans et qu'on a retourné sa veste en croyant changer le système de l'interieur.

Parce qu'on joue son role avec résignation.

Parce qu'on ne sait pas dans quelle monde la colombe est partie, dit Kenny.

Keny Arcana, elle, elle fait pas semblant, elle a vraiment la rage.

Keny Arcana parle de la rue parce qu'elle la connait, c'est  pas du pipeau du jt de 20h.

C'est du rap, du vrai et c'est suffisamment rare pour être signalé dans un monde où même le rap a été happé par les sirènes du bling bling..

 

04/06/2007

Comment allaiter son collègue de bureau

Hé oui, faut pas croire, nos savants de l'azhar parfois s'ennuient!Et en vrais petits polissons qui s'ennuient, il leur arrive de pondre des fatwas dignes de Kafka, que dis-je digne de Marcel Duchamp himself.Un petit échantillon sous la verve de l'inégalable Zakaria Boualam: pour ma part j'ai falli m'étranger de rire au boulot!http://www.telquel-online.com/274/zb_274.shtml

22:35 Écrit par supertimba dans nostalgie dial el blad | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |