12/04/2009

Madeleine de Proust Marrakchie...

Quand j’étais enfant et que nous allions en vacances à Marrakech il n’y avait qu’une idée fixe qui me faisait patienter le long du trajet , interminable à cette époque sans autoroute.Non ce n’était pas la beauté des glaciers, l’ imbroglio médiéval de djamaa el f’na , la viande grillée(et le tagine poulet-carottes-citronc confits) du boui-boui El Bahja( près de la place et incontournable si vous ne connaissez pas),les palmiers centenaires et le rouge fascinant de la ville. Non rien de tout cela…Moi ce qui me faisait saliver d’avance c’est une enseigne légendaire au Maroc , installée également à Casablanca, j’ai nommé le glacier Oliveri.

L’Oliveri ce n’était pas seulement les glaces artisanales somptueuses des après-midi languissant sous la chaleur marrackchie, c’était  aussi des petits déjeuners plantureux avec des viennoiseries dignes des plus grandes capitales européennes, du café italien à réveiller les morts, des serveurs à l’ancienne avec nœuds papillons et service impeccable, de vraies chaises-fauteuil en bois où la matinée pouvait s’éclipser sans encombre, un brouhaha constant et une clientèle fidèle et nombreuse avec parfois des discussions philosophiques dignes des mots de minuit (émission culturelle et donc courageuse de France2 qui passe contrairement à ce que son nom indique vers 1h du matin).

L’Oliveri c’était tout cela et bien plus encore…

Je suis retournée à Marrakech récemment et j’ai été prise du même désir frénétique d’aller voir mon glacier préféré.

Alors oui Marrakech c’est désormais les projets pharaoniques, les rêves inaccessibles de villa-avec-palmiers ou une centaine de vie de smic marocain ne suffirait pas à vous acheter une chambre, un projet de rallye automobile, des avenues gigantesques dans la  so-called « ville nouvelle », des maisons d’hôtes avec spa et tout le toutim en veux-tu en voilà et des vendeurs de médina qui se sont fait une spécialité de traquer le touriste inconscient …

Mais l’Oliveri dans tout ça ?après quelques péripéties de transport(les taxis marrackchis étant pire que les chars de la place tien an men) j’arrive dans la petite rue de la vieille ville où se trouve l’enseigne adulée. Vieille ville qui a déjà un goût de défraîchi , d’abandon : le développement se passe ailleurs…

Je rentre : les mêmes chaises en bois,le même décor avec grands miroirs biseautés mais un vide intersidéral,un silence glacial pas un seul client…je rentre stupéfaite et je commande une glace maria luisa (parfaite) qu’un serveur toujours en nœud papillon s’empresse de m’amener la mine triste et désabusée.

Je ne peux m’empêcher de lui demander : où est passée la splendeur d’antan ? cette odeur de croissants chauds qui vous prenait à la gorge dès l’entrée ? la cacophonie des cuillères teintant dans les verres de nass-nass ?

Et là on me dit que les patrons ont décidé d’arrêter le service petit-déjeuner, que le glacier dans la vieille ville est désormais hors des nouveaux sentiers touristiques et que bien peu de « nouveaux »  connaissent désormais cette adresse  perdue dans le gueliz. On y commande certes toujours les merveuilleux gateaux glacés mais that’s all folks.

JE mange ma glace dans un silence assourdissant, prise d’émotion.Plus tard je bois un café dans une de ces grandes et gigantesques avenues nouvelles : chaises en plastique, service défaillant, ma commande est oubliée et la carte est sans suprises

J’en avais presque les larmes aux yeux, la splendeur disparue me fait toujours cet effet là. Objets inanimés avez-vous donc une âme.

Marrakech la rouge , Marrakech ma bien-aimée,prend bien garde à ton âme et aux illusions de paradis pour touristes. ?ce

12:12 Écrit par supertimba dans nostalgie dial el blad | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |