03/08/2008

Eternal départ

Le rituel est toujours le même.

Ma mère enveloppe du sfouf, du klii, des msemmen maison dans des petits tupperwares enveloppés de papier aluminium qu’elle dispose savamment dans ma valise déjà bourrée. Elle a appris à maitriser l’art de transporter les chhiwates pour sa fille après toutes ces années de va et vient.

Mon père me prend en photo dans toute la maison comme s’il voulait m’emprisonner dans la petite lucarne avant que je disparaisse, il s’abîme ensuite dans une longue contemplation de nos photos d’enfances dans no chambres respectives ma sœur et moi. C’est un moment de grande pudeur en général où l’on ne parle pas  comme si on craignait que les mots ne cassent nos souvenirs fragiles

En général je saute à pieds joints sur ma valise pleine à craquer pour la fermer comme à chaque voyage, je dis adieu au jardin, à ma chambre et j’écoute le chant du muezzin tard le soir en m’impregnant de sa voie éraillée et étrangement mélancolique.

Je pleure toujours au moment de passer le contrôle de police en jetant un regard en arrière, silhouette des parents vieillissants qui me souhaitent tout le bonheur du monde, policier compatissant qui m’annonce que je les reverrai bientôt que ce n’est pas la peine de pleurer et puis les longs couloirs impersonnels vers l’avion du retour avec le brouhaha des marocains qui envahit déjà l’appareil

Décollage et houssine slawi dans mes oreilles comme pour me rattacher à mes racines, chansons sépia d’un maroc des années quarante qui parlent du débarquement américain ,de la beauté eternelle des femmes , de la ruse du peuple marocain. Il m’arrache toujours un sourire malgré tout.

Lost in translation, étrangère partout même dans mon pays, errante ayant choisi l’exil , mercenaire de multinationale, je cherche la paix quelque part. Peut-être faut-il partir pour se rendre compte que la quête est intérieure, toujours.

19:25 Écrit par supertimba dans lost in translation | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : translation, exil |  Facebook |